| Depression
et Maladie de Parkinson: étude d'une série de 135
parkinsoniens
A.
Anguenot, P.Y. Loll, J.P. Neau, P. Ingrand, R. Gil
Résumé:
Objectif: La fréquence de la dépression
au cours de la maladie de Parkinson (MP) conduit à s'interroger
sur les difficultés du diagnostic et sur les liens entre
la dépression et l'histoire naturelle de la maladie.
Méthodes: Une série consécutive
de 135 sujets atteints d'une MP idiopathique a été
examinée sur le plan psychiatrique (DSM-III-R, échelle
de dépression de Goldberg), neurologique (en distinguant
les signes "axiaux" des autres signes parkinsoniens), neuropsychologique
( et en particulier tests frontaux). Résultats:
Plus de la moitié des sujets ont une dépression
qui apparaît plus fréquente dans les formes akinétiques
et les formes fluctuantes de la maladie. Les sujets déprimés
n'ont pas de déficit cognitif plus marqué mais
leurs scores aux tests frontaux sont plus élevés.
En outre les signes axiaux de la maladie (instabilité
posturale, rigidité axiale) sont plus marqués
chez les parkinsoniens déprimés, suggérant
un lien entre la dépression et les lésions non
dopaminergiques de la maladie. Alors que le ralentissement,
les troubles de l'appétit et du sommeil, la fatigue peuvent
être observés même chez des parkinsoniens
non dépressifs, la séparation de la population
parkinsonienne en plusieurs groupes montre que certains symptômes
ne sont jamais rencontrés chez les parkinsoniens non
dépressifs: il en est ainsi apparu que "l'impression
que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue",
"la perte d'espoir pour l'avenir", "l'impression de ne pas être
à la hauteur, de ne rien faire de bien", "la baisse d'énergie",
"la tristesse matinale" caractérisent la dépression
parkinsonienne. La dépression parkinsonienne revêt
deux grandes formes cliniques. La première est la plus
riche en manifestations somatiques: troubles du sommeil, fatigue
matinale; elle correspond aux dépressions les plus sévères
avec une absence d'espoir pour l'avenir , une perte de confiance
en soi. La seconde est pauvre en manifestations somatiques alors
que l'apathie y est très fréquente ainsi que le
ralentissement. Conclusions: Cette étude
permet ainsi de préciser les symptômes de la dépression
parkinsonienne qui doit être mieux reconnue pour être
plus souvent traitée. Les liens entre la dépression
et les signes axiaux de la maladie expliquent sans doute pourquoi
la L-dopa et les agonistes dopaminergiques améliorent
les signes moteurs de la dépression sans agir le plus
souvent sur les manifestations dépressives.
Abstract:
Depression and Parkinson's disease: a study of 135 parkinsonian
patients.
Objective: The prevalence of depression in Parkinson's
disease (PD) raises the issues of the difficulties of diagnosing
the condition and of the relationships between depression and
the natural history of the disease. Methods: A
cohort of 135 consecutive patients with idiopathic PD underwent
psychiatric (DSM-III-R, Goldberg depression scale), neurological
(distinguishing "axial" signs from other signs of parkinsonism),
and neuropsychological (particularly frontal tests) evaluations.
Results: Depression is present in more than half
of the patients and it seems to be more frequent in patients
with the akinetic and fluctuating forms of the disease. The
subjects who are depressed do not have a greater degree of cognitive
impairment, but their scores on frontal tests are higher. Moreover,
the axial signs of the disease (postural instability, axial
rigidity) are more severe in depressed parkinsonians suggesting
a link between depression and the non-dopaminergic lesions of
the disease. Even though slowness, appetite and sleep disturbances,
and fatigue may be encountered in non-depressed parkinsonian
patients, separation of the parkinsonian population into subgroups
shows that certain symptoms are never seen in parkinsonians
who are not depressed: it is thus evident that "the impression
that life is not worth living", "the hopelessness", "the impression
of being worthless and incompetent", "the low level of energy",
"the morning sadness" are characteristic of parkinsonian depression.
Parkinsonian depression has two major clinical forms. The first
one is associated with a greater number of somatic manifestations:
sleep disturbances, morning fatigue, corresponding to more severe
depression with hopelessness and loss of self confidence. The
second exhibits few somatic manifestations with apathy and slowness
as frequent complaints. Conclusions: This study
defines the symptoms of parkinsonian depression which should
be better recognised in order to be treated. The link between
depression and axial signs of the disease may explain why L-dopa
and dopaminergic agonists improve the motor signs of depression
without influencing depressive manifestations in most cases.
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Can.
J. Neurol. Sci. 2002; 29: 139-146
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